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Taux mensuel ou taux annuel : le calcul de tête qui trompe
Une offre de crédit affiche « 1,5 % par mois », une autre « 18 % par an ». Multiplier 1,5 par 12 donne 18, alors autant croire que les deux reviennent au même prix. Ce raccourci, pourtant naturel, ne tient pas la route.
Le calcul de tête qui semble juste
Imaginons deux organismes de crédit à la consommation face à face. Le premier annonce un taux de 1,5 % par mois. Le second affiche 18 % par an. Comme 1,5 × 12 fait exactement 18, la tentation est forte de conclure que les deux offres coûtent le même prix. C'est justement cette multiplication, en apparence anodine, qui fausse la comparaison.
Pourquoi 1,5 % par mois pèse plus que 18 % par an
Multiplier un taux mensuel par 12 suppose que les intérêts d'un mois n'ont aucun effet sur ceux du mois suivant. En réalité, chaque mensualité d'intérêt s'ajoute à la base sur laquelle le taux suivant s'applique : c'est la capitalisation. Le taux annuel qui correspond réellement à 1,5 % par mois composé se calcule ainsi :
taux annuel équivalent = (1 + 0,015)^12 − 1
Soit (1,015)^12 − 1 ≈ 19,56 % — et non 18 %. L'offre « 1,5 % par mois » coûte donc plus cher sur l'année que l'offre affichée à 18 %, même si le calcul de tête suggérait une parfaite égalité.
On peut aussi regarder le problème dans l'autre sens : à combien correspond, en mensuel, l'offre à 18 % par an ? La réponse n'est pas 1,5 %, mais (1,18)^(1/12) − 1 ≈ 1,39 % par mois. Les deux calculs racontent la même histoire : entre un taux mensuel et son équivalent annuel réel (ou l'inverse), il y a systématiquement un écart que la multiplication ou la division par 12 ne capture pas.
L'effet sur un emprunt concret
Sur un crédit de 8 000 € remboursé en 24 mensualités, l'offre à 1,5 % par mois donne une mensualité d'environ 399 € et un coût total du crédit (hors capital) d'environ 1 585 €. La même somme, empruntée au taux mensuel réellement équivalent à 18 % par an (soit environ 1,39 % par mois), donne une mensualité d'environ 394 € et un coût total d'environ 1 462 €. L'écart, environ 123 € sur la durée totale du prêt, provient uniquement de la manière dont le taux a été converti — pas d'une différence de conditions annoncées.
D'où vient cette confusion
Multiplier ou diviser par 12 relève d'un réflexe linéaire, celui qu'on applique spontanément à n'importe quel pourcentage du quotidien. Mais un taux d'intérêt ne s'additionne pas période après période : il se compose, parce que chaque nouvelle période calcule ses intérêts sur une base qui inclut déjà les intérêts précédents. Résultat : l'équivalent annuel réel d'un taux mensuel est toujours un peu au-dessus du simple produit « taux mensuel × 12 », et l'équivalent mensuel réel d'un taux annuel est toujours un peu en dessous du simple quotient « taux annuel ÷ 12 ».
La bonne méthode pour comparer deux offres
Avant de comparer deux taux, il faut les ramener à la même périodicité avec la formule actuarielle, pas avec une opération linéaire : (1 + i_cible) = (1 + i_source)^(périodes_cible / périodes_source). C'est exactement le calcul qu'effectue notre convertisseur de taux d'intérêt, en affichant côte à côte le résultat actuariel et le résultat d'une simple règle de trois, pour visualiser l'écart entre les deux.
Autre option, souvent plus rapide : comparer directement les taux annuels effectifs globaux (TAEG ou équivalents selon le pays), qui intègrent déjà les frais annexes et sont exprimés sur une base annuelle commune. Les règles précises encadrant ce type d'indicateur varient d'un pays à l'autre : vérifiez toujours celles qui s'appliquent à votre contrat avant de comparer deux offres.
À retenir
- 1,5 % par mois n'équivaut pas à 18 % par an : l'équivalent annuel réel est (1,015)^12 − 1 ≈ 19,56 %.
- Dans l'autre sens, 18 % par an équivaut à environ 1,39 % par mois, pas 1,5 %.
- Multiplier ou diviser un taux par 12 ignore la capitalisation des intérêts d'une période sur l'autre.
- Sur un crédit réel, cet écart se traduit en dizaines ou centaines d'euros de coût total.
- Pour comparer deux offres sans se tromper, ramenez les taux à la même périodicité avec la formule actuarielle, ou comparez directement leur taux annuel effectif global.